L'idiot, Fiodor Dostoïevski. éd Livre de poche

L'idiot, Fiodor Dostoïevski. éd Livre de poche

Lu par l'ami d'une amie....

Je viens de relire L’idiot du grand Dostoïevski pour la troisième fois.  J’y retrouve les sensations de mes 20 ans – je suis donc fidèle à moi-même – et j’en éprouve de nouvelles – j’ai donc heureusement évolué. Cela me comble. Proximité avec le prince Mychkine, « l’idiot » qui, bien sûr, ne l’est pas, être inouï qui a conservé la sincérité et l’émerveillement de l’enfance. Tous, jeunes et vieux, hommes et femmes, généraux et parasites, sont d’abord surpris, puis attirés par lui, puis deviennent méfiants (« peut-on faire confiance à tant de candeur ? »), parfois jaloux ou bien encore moqueurs. Le prince devient, malgré lui, pour ces âmes torturées qui se confient à lui, qui se confessent même, une sorte de « thérapeute ».

En fin de compte, il « révolutionne » la société dans laquelle il est arrivé et dont il révèle les beautés cachées par sa profondeur, son absence de jugement et sa sincérité. Je me suis dit : « c’est une sorte de figure « christique » descendue sur terre, tant il incarne l’amour et la vérité ». Thème cher à Dostoïevski. On le retrouve en effet dans Les frères Karamazov, dans l’épisode de la légende du grand inquisiteur. En voici un bref résumé : « En Espagne, à la fin du Moyen-Âge, un homme prétend être Jésus. On amène alors cet homme devant Torquemada, le terrible et puissant grand inquisiteur, qui l’interroge longuement puis lui dit : en effet, tu es bien Jésus, mais tu resteras toujours en prison. Je ne peux prendre le risque de te libérer car tu serais beaucoup trop dangereux. L’Église et la religion sont devenues notre affaire à nous, ce n’est pas toi, c’est nous qui faisons l’histoire ».

L’idiot est dangereux en effet dans une société conventionnelle où il ne faut pas faire de vagues.  Bien sûr, il est accueilli dans un premier temps comme une heureuse surprise car il apporte de la fraîcheur et un renouvellement bienvenu. Presque tous en sentent le besoin. Les plus humbles sont les premiers car il les comprend, les écoute, leur rend leur dignité. Les femmes aussi, qui sentent en lui une sensibilité qui ne se cache pas derrière l’intellect. Et puis, à un moment donné, « cela devient trop ». Trop d’amour, trop d’authenticité, trop d’humilité. Tout cela est bien beau mais dérange les ambitions, les intrigues et bouleverse l’ordre établi. Alors en fin de compte, le prince Mychkine sera confiné à son image « d’idiot » et devra retourner à l’étranger, loin des siens. Histoire triste ? Non, plutôt histoire tragique et comme recommencée à toutes les époques. Mais rien n’est perdu : le prince poursuivra son destin original là où il sera. Et la société russe qui l’a reçue ne l’oubliera pas, il y a semé des graines dans les cœurs.

Notons que cette société tourmentée est à un tournant : elle est agitée par les questions politique (plus de libéralisme ?), identitaire (repli slavophile ou ouverture ?), féminine (améliorer la condition des femmes de plus en plus instruites), etc.

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